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Erquy Plurien Environnement - EPE

3 mètres au lieu de 5 !!

Bretagne. Pesticides pulvérisés à 3 m au lieu de 5 m des maisons : des députés alertent le ministre

En pleine crise de coronavirus, et alors que des consultations étaient en cours, la FDSEA a obtenu des préfets bretons le droit de diviser par deux les distances de protection pour pulvériser des pesticides. Danger pour les malades du Covid-19, alertent des associations, mais aussi des parlementaires, qui saisissent le ministre de l’agriculture.

C’est un déni de démocratie ! En pleine crise du coronavirus, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA, syndicat agricole majoritaire) a obtenu, début avril, le droit de diviser par deux les distances de protection d’épandage de pesticides, dans les quatre départements bretons (mais aussi 21 autres départements).

 

Au lieu de pulvériser à 5 m des lieux habités pour les cultures basses, type maraîchage, et à 10 m pour les cultures hautes, comme le préconise la loi du 27 décembre 2019, ils pourront arroser leurs cultures jusqu’à 3 m pour les cultures basses et 5 m pour les cultures hautes. Une décision que ne digèrent pas des associations et des élus.

Pour rappel, le gouvernement, qui a promis une sortie du glyphosate en 2021, a lancé en septembre des concertations réunissant notamment agriculteurs, autorités, élus et citoyens, pour décider localement des distances entre zones d’épandage de pesticides et les habitations. Certaines de ces concertations, devant aboutir à la mise en place de chartes de bon voisinage, ont été menées jusqu’au bout dans certaines régions… mais pas dans d’autres, notamment en Bretagne, qui avait jusque fin avril pour clôturer le processus.

Et pourtant, les préfets de tous les départements bretons viennent de valider cette charte de la FNSEA, dénoncent deux associations, le collectif de soutien des victimes des pesticides de l’Ouest et Les Coquelicots, associées à Eau et Rivières de Bretagne, Bretagne Vivante et l’Arbre Indispensable.

 

 

« Comment peut-on parler d’une concertation ? »

Leur colère est manifeste : Comment peut-on parler d’une concertation alors même que, seuls, les utilisateurs de pesticides sont à la manœuvre ? Comment peut-on parler de charte ? Comment les représentants de l’État dans les départements peuvent cautionner ces passe-droits ?

 

Pour eux, l’enjeu est d’autant plus grave, que, du fait de la monoculture et des conditions météorologiques, tous les épandages et traitements sont effectués en même temps et sur des périodes très courtes, ce qui crée des pics de concentration. Et, en pleine crise du coronavirus, ces pratiques fragilisent le pronostic vital des malades. Elles sont un support facilitateur de la propagation et pénétration du virus dans les poumons, insiste Michel Besnard, représentant du collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest.

 

« Pourquoi ? Au nom de quoi ? »

Ces associations demandent que soit suspendue cette décision scandaleuse. Il sera temps, après la grave crise sanitaire actuelle, de savoir s’il faut diviser par deux les distances de sécurité pour épandage de pesticides ou les augmenter comme le souhaitent toutes les associations.

 

Ils ont écrit notamment à la députée La République en marche Laurence Maillart-Méhaignerie pour dire leur mécontentement. La parlementaire, loin de défendre cette décision, fait part de la même indignation. C’est aberrant. Le gouvernement a dit que comme on ne pouvait pas tenir la concertation en Bretagne à cause du confinement et de la crise en cours, la charte rédigée par la FNSEA s’appliquera temporairement. Au nom de quoi ? On met en place des concertations. Et quelques mois après, dans des circonstances exceptionnelles, on y déroge !

Laurence Maillart-Méhaignerie, députée LREM d’Ille-et-Vilaine. | PHILIPPE RENAULT – OUEST-FRANCE

Elle défend au passage les préfets bretons : Ils n’ont pas eu leur mot à dire. Fâchée elle aussi, elle a adressé, avec 25 autres députés, dont Yannick Kerlogot (Côtes d’Armor), Jimmy Pahun (Morbihan), Sandrine Le Feur et Jean-Charles Larsonneur (Finistère), un courrier au ministre de l’agriculture ce mardi 21 avril :   Pourquoi se baser uniquement sur les chartes proposées par la FNSEA ou par certaines chambres d’agricultures, plutôt que de conserver les distances indiquées lors de l’arrêté, dans l’attente de la reprise des concertations ?, écrivent-ils. Nos concitoyens sont aujourd’hui confinés à domicile et pour bon nombre d’entre eux vivant à côté de zones agricoles, permettre de telles pratiques, c’est faire le choix d’ignorer leur santé.

Laurence Maillart-Méhaignerie est d’autant plus sensible à la question, qu’elle a porté l’article sur les chartes de bon voisinage au sein de la loi alimentation dite Egalim à l’assemblée nationale. Espérons qu’on reprenne la consultation dès la sortie du confinement.

 

« Les préfets n’ont rien validé »

De son côté, Cédric Henry, président de la FDSEA en Ille-et-Vilaine, se dit, lui, médusé : Cette loi qui permet de réduire les distances, ce sont les parlementaires de la majorité qui l’ont voté, pas la FNSEA ! 

 

Et de souligner que les préfets n’ont rien validé. Ils ont juste accusé réception de notre charte, ce qui nous permet pour l’instant de réduire les distances. Mais la concertation va avoir lieu, sur Internet. Comme ils sont à la maison, les gens vont peut-être même davantage répondre.

Cédric Henry relativise aussi le danger pour la santé : Il faut arrêter de faire peur aux gens. Oui, les produits phytosanitaires sont dangereux, on ne dira jamais le contraire. Mais on ne fait pas n’importe quoi. On se focalise sur les distances. Mais la charte explique aussi comment et pourquoi on les utilise.

Source : Ouest France, Editions locales du 22 avril 2020

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Florence Conan 24/04/2020 20:45

Un scandale de plus . Vraiment honteux ☺️